L'Amérique Latine continue d'être aux prises avec une situation ambiguë par rapport au système de marché et à la démocratie. L'émergence des deux mouvements de gauche illustre cette fracture. D'une part, la gauche progressiste au Pérou, au Brésil, ou encore au Chili s'est engagée à l'égard des marchés, tout en soulignant la nécessité de traiter plus urgemment les questions de pauvreté. D'autre part, la gauche populiste d'Hugo Chávez ou d'Evo Morales a recours à des discours anti-marchés pour dominer l'économie et restreindre les libertés démocratiques au nom d'une justice sociale. Ce message trouve un écho dans des pays comme l'Équateur ou le Nicaragua, où l'on constate une grande déception par rapport aux lacunes des mesures préconisées par le Consensus de Washington, et où des dirigeants populistes ont été élus au pouvoir.
Pour pouvoir créer des marchés fonctionnant efficacement et produisant une croissance qui ait une incidence sur les franges les plus nécessiteuses de la société, l'Amérique Latine doit reconnaître qu’une réforme efficace doit aller au-delà des politiques macro-économiques afin d’aborder les bases institutionnelles des marchés, comme les droits de propriété, les organes juridiques pour l'entrepreneuriat, l’État de droit, un pouvoir judiciaire indépendant, etc. À leur tour, ces institutions ne pourront être créées que s'il existe, dans un système politique démocratique, des mécanismes correspondants permettant de garantir une élaboration transparente des politiques et une bonne gouvernance.
Les politiques populistes dans la région ont principalement servi à déstabiliser la gouvernance, plutôt qu'à unifier les électeurs autour d'un chemin viable vers une plus grande égalité et prospérité. Au lieu de cela, des problèmes de corruption et d'activités parallèles généralisées continuent d'empêcher d'importants segments des sociétés d'Amérique Latine de participer pleinement aux réformes politiques et économiques, et aussi d'en bénéficier.
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